La loi du 31 décembre 1970 qui pénalise l’usage privé de certaines substances, visait initialement à protéger la jeunesse. Or, depuis 45 ans, l’usage des drogues « interdites » en France a explosé alors que l’usage des drogues légales (alcool, tabac) a parallèlement été réduit de moitié.

Comme en témoignent les résultats récents de l’enquête ESCAPAD (47,8% des jeunes français de 17 ans ont expérimenté le chanvre), la politique de prohibition s’avère clairement contre-productive et constitue en réalité un frein puissant à la lutte contre les addictions chez les jeunes, population peu sensible au risque pénal, comme sanitaire. Par ses nombreux effets collatéraux, la prohibition expose en réalité davantage les jeunes à la consommation, mais aussi au deal, de par l’absence totale de cadre permettant d’éduquer à un usage peu dommageable.

En revanche, sans faire appel aux gendarmes ni à un traitement médicamenteux, il existe des moyens efficaces pour faire reculer l’age des premières consommations, les réduire ou les faire disparaitre, et préserver la jeunesse des dommages liés à l’usage précoce de substances addictives. C’est entre-autres la thérapie cognitivo-comportementale (TTC), qui consiste à travailler sur les cognitions de l’adolescent pour en changer ses comportements.

Un entretien de 90 minutes montre déjà une efficacité significative. Ces thérapies ont déjà fait preuve de leur efficacité chez les adultes et pourraient être encore plus efficaces chez les adolescents, dont la plasticité neuronale est importante…

« Dans un contexte où les attitudes et les lois par rapport à la marijuana changent, il est important de trouver des façons d’en prévenir et d’en réduire la consommation chez les jeunes à risque. »

Dans un article paru sur le site canoe.ca, des scientifiques canadiens de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine expliquent qu’ils partent du principe que les jeunes sujets à l’anxiété ou aux pensées négatives, impulsifs ou à la recherche de sensations fortes, sont reconnus comme ayant un risque élevé de consommation de drogues. Ils mettent donc en place des interventions consistant en des séances de TCC adaptées aux personnalités des jeunes, et qui permettent d’apprendre à partir de scénarios réels expliqués par d’autres jeunes (par exemple : fumer est une preuve de virilité, je veux apparaître plus viril, donc je fume) ; elles permettent de  donner des exemples de mécanismes de gestion de risques.

Ces chercheurs ont réalisé auprès de 1038 élèves de quatrième secondaire issus de 21 établissements d’enseignement de Londres, une étude sur ces thérapies. Patricia Conrod, principale auteure de ces travaux, explique : « Bien que nous ayons observé que le programme retardait la consommation de cannabis en plus d’en réduire la fréquence chez tous les jeunes participants, nos résultats indiquent que le programme est particulièrement efficace pour prévenir la consommation chez les adolescents les plus à risque, ceux à la recherche de sensations fortes ».

Selon elle, les séances d’information ont permis une réduction de 33 % des taux de consommation de cannabis dans les six mois suivants, puis une fréquence réduite de consommation pour les six autres mois.

« Au sein du groupe au risque le plus élevé, soit les jeunes à la recherche de sensations fortes, l’intervention a été associée à une réduction de 75 % des taux de consommation de cannabis pendant les six mois ayant suivi l’intervention, ainsi qu’à une réduction importante de la fréquence par la suite », a-t-elle précisé à canoe.ca. Et de conclure en expliquant que « la consommation de marijuana est très fréquente chez les adolescents en Amérique du Nord et en Europe. Dans un contexte où les attitudes et les lois par rapport à la marijuana changent, il est important de trouver des façons d’en prévenir et d’en réduire la consommation chez les jeunes à risque. Notre étude révèle que des interventions brèves et ciblées, effectuées par des professeurs formés, permettent d’atteindre cet objectif. »

Les TCC précoces représentent probablement un outil majeur pour faire reculer l’âge des premières consommations. Cet enjeu est de taille car en plus de protéger la jeunesse, il permettrait a terme, de réduire considérablement les niveaux d’usage de produits et les dommages associés en population adulte. Un age précoce de consommation régulière de substances addictives est en effet un facteur de risque majeur de dépendance à l’age adulte, et ces pratiques orienteront donc davantage les individus vers un usage simple et choisi (usage social) plutôt que vers un usage dépendant subi (usage problématique), comme c’est trop souvent le cas de nos jours — et depuis 1970.

C’est pourquoi Chanvre & Libertés encourage vivement le développement de telles initiatives en France et en profite pour appeler à un cadre légal plus adapté autorisant une véritable réduction des risques à l’usage de produits addictifs chez les personnes mineures.

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Commissison Santé & Prévention, Chanvre & Libertés