« La légalisation est en marche, elle est ineluctable » – Lettre ouverte d’un ex-gendarme à François Hollande

Paris, le 2 juillet 2015

Début juillet 2012, le magazine Les Inrockuptibles publiait la lettre ouverte d’un gendarme adressée à celui qui venait à peine d’accéder au siège de Président de la République, François Hollande.

C’est Farid Ghehiouèche, fondateur de Cannabis sans frontières et militant de longue date contre la prohibition du cannabis et la criminalisation de ses usager-e-s, qui avait été contacté par ce gendarme, à qui le devoir professionnel de réserve imposait l’anonymat.

Nous sommes 3 ans plus tard, et qu’est-ce qui a changé ?

Dans cette période, Chanvre & Libertés est née : une association visant à mettre sur pied une véritable coordination entre les usager-e-s de cannabis et l’ensemble des experts et professionnel-le-s travaillant en lien avec le système de contrôle et de prohibition des stupéfiants (enseignants, avocats, médecins, mais aussi gendarmes et membres des forces de l’ordre). Farid Ghehiouèche s’y est joint à titre individuel, pour devenir membre du Conseil d’Administration ; et Cannabis Sans Frontières a suivi en s’affiliant à Chanvre & Libertés.

Notre ami gendarme est désormais à la retraite : il n’est donc plus soumis au devoir de réserve, et peut désormais s’adrésser au Président sous son vrai nom, Jean-Luc Garcia. Il s’est également rapproché de Chanvre & Libertés, pour donner une forme et un sens à sa prise de position, à l’instar de ses collègues anglo-saxons policiers, officiers, avocats, procureurs et magistrats opposés à la prohibition (Law Enforcement Against Prohibition, une importante organisation de professionnels du Droit et des forces de l’ordre en faveur de la réforme des politiques des drogues).

Mais surtout, en 3 ans, c’est l’absence totale d’engagement d’un gouvernement se voulant progressiste sur la question des politiques relatives au cannabis qui a pu être observée par Farid, par Jean-Luc, par l’ensemble des personnes sensibilisées à la question, ou encore par nos voisins européens qui, eux, avancent.

Aujourd’hui, c’est par une seconde apostrophe au Président que Jean-Luc nous dévoile à la fois son identité, la rigueur de ses observations et la constance de son engagement.

 Image en vignette : © Reuters 2004

PERSISTE & SIGNE

Monsieur le Président,

En 2012, peu de temps après votre accession à la tête du pays, je vous écrivais une lettre ouverte et, je le déplorais alors, anonyme (1) .

En effet, les obligations de la discipline militaire et du devoir de réserve ne me permettaient pas de signer ce message destiné avant tout à un lectorat aussi large que possible.

Bien qu’unanimement perçu comme sérieux, respectueux des personnes, attaché à l’ordre public, à la défense des plus vulnérables et au secours des victimes, le gendarme est malheureusement doté d’un statut qui ne lui permet aucune prise de position publique et lui interdit, de fait, d’apporter sa contribution aux débats et au progrès s’il le juge souhaitable.

Pourtant, la critique de lois inadaptées, peu respectées, inapplicables, nocives et dangereuses, voire illégitimes est l’affaire de chaque citoyen dans une vraie démocratie qui fonctionne comme il se doit : au bénéfice de tous et avec la participation de chacun.

C’était justement la raison de cette lettre qui défendait sans la moindre ambiguïté la légalisation contrôlée du cannabis et les associations de consommateurs-producteurs. Nous étions alors et sommes toujours quelques millions à l’appeler de nos vœux.

En 2015, ex-gendarme, je suis en position d’en assumer pleinement les propos mais, malheureusement, de devoir les réitérer et les compléter tant l’actualité le justifie.

Je suis convaincu que l’approche que votre gouvernement a du sujet, pour des questions de santé, de sécurité et de lutte contre les organisations criminelles n’est pas réaliste et est totalement inefficace ; de récents chiffres le démontrent. (2) (3)

Vous pourriez, me semble-t-il, promouvoir un débat politique – les applications médicinales du cannabis ne font plus aucun mystère dans d’autres pays plus nombreux chaque jour – et prier Monsieur Cazeneuve de ne plus poursuivre à grand renfort médiatico-policier les consommateurs et cannabiculteurs. Le ridicule de la situation n’échappe à personne — et de plus, en quoi sont-ils de dangereux criminels ?!

La répression en vigueur est – ouvrons enfin les yeux – un non-sens pour ces jeunes toujours plus nombreux qui fument trop, trop tôt et des produits dangereux car non contrôlés ; elle les abandonne toujours plus aux mains des dealers de rue ou des dealers d’internet.

Elle est un non-sens pour ce malade placé en garde à vue, saisi, condamné mais pour lequel le parquet demande, en appel, une dispense de peine ! (4)

Elle est un non-sens pour ces utilisateurs récréatifs dont elle bafoue arbitrairement la liberté bien que ni trouble ni victime ne soient à déplorer.

Elle est un non-sens enfin pour ces gendarmes et policiers qui ont vocation à réprimer les délinquants, les vrais, à protéger et à secourir plutôt qu’à perdre leur temps à d’onéreuses et inutiles chasses aux boulettes et aux auto-producteurs.

Pendant que d’autres pays avancent, pendant qu’ailleurs la légalisation contrôlée du cannabis est synonyme de santé, de sécurité, de prospérité et d’emplois (5), le pire non-sens, Monsieur le Président, est de stagner confis dans la prohibition, aveugle aux évolutions et sans autre argument que celui de ne pas déplaire à ceux qui n’en ont aucun.

Vous en serez peut être comptable.

Quoiqu’il en soit Monsieur le Président, quelles que soient les réformes et les progrès que vous envisagez ou ceux que vous vous interdisez, force est de constater que le libéralisme économique fait très bon ménage avec le cannabis : les récents exemples états-uniens le démontrent.

La légalisation est en marche, elle est inéluctable, j’en suis sûr ; l’opinion publique n’y est plus si hostile, elle manque seulement d’informations objectives.

Il reste maintenant à choisir sa forme, ses modalités ; il reste à savoir qui lui donnera son nom. Interviendra-t-elle avant 2017, inspirée grâce à vous par l’exemple social uruguayen ou plus tard, peut être inspirée par la forme ultra-libérale prise au Colorado ?

En vous remerciant d’avoir consacré quelques minutes à la lecture de mon message.

Jean-Luc GARCIA.

  1. https://blogs.lesinrocks.com/droguesnews/2012/07/06/le-cannabis-doit-etre-legalise-lettre- ouverte-dun-gendarme-a-hollande
  2. https://www.20minutes.fr/societe/1624079-20150604-rapport-oedt-france-premiere- consommatrice-cannabis-europe
  3. https://www.ofdt.fr/publications/collections/periodiques/lettre-tendances/les-niveaux-dusage-des-drogues-en-france-en-2014-tendances-99-mars-2015
  4. https://www.dna.fr/edition-de-colmar/2015/06/18/justice-colmar
  5. https://28minutes.arte.tv/exclus/dossier-cannabis-fais-tourner-le-debat

6 commentaires

Flux Rss
  1. badi85@orange.fr

    je ne fume pas mais si il y a une légalisation les deelerts ne toucherons plus d’argent et les grosses tete , ceux qui touche beaucoup d’argent ne sont jamais mis en cause car bien protéger par notre société , et les politique qui sont tous mouillés dedans ? la vérité est que l’on punis le petit fumeur mais jamais celui qui touche beaucoup d’argent

  2. Thomas

    Je salue cet ex-gendarme qui a le courage de reconnaître ce qu’il en est vraiment du cannabis et de la politique menée, mais cependant je pense que c’est faire fausse route que de s’imaginer qu’on a un interlocuteur sérieux qui resterait à convaincre… Nous sommes face à un gouvernement d’imposteurs, qui n’a même pas essayé de de réaliser les 3/4 de son programme (qui était juste une carrote électorale, assumée avec un cynisme évident) . Je ne crois pas qu’un type comme Hollande (ou même M. Touraine etc.) doute des bienfaits médicaux du cannabis alors même que le gouvernement fédéral américain a fini par les reconnaître et légaliser son usage, ou des bienfaits d’une légalisation du cannabis récréatif. Je pense qu’il s’en fout tout simplement (et ce sera kif-kif avec l’UMP ou le FN au pouvoir, les principaux partis français sont tous d’accord sur la prohibition et ce qu’elle permet de maintenir comme équilibre politico-financier, le narco-trafic jugulant le chômage de masse dans le cadre d’un capitalisme sauvage etc.) ! Ce qu’il faut en France pour gagner c’est une bataille juridique tablant sur le non-fondé des lois prohibitionnistes, à savoir que pour commencer, la consommation d’un produit ou d’un autre ne peut être l’objet d’une poursuite pénale. Ca ne correspond en effet à aucun principe moral ou juridique : on ne peut être condamné (la consommation de tas de produits est déconseillée, mais on ne va pas vous punir d’avoir consommé un poison ou un autre, on va vous soigner !) que pour des nuisances (éventuelles) pouvant être faites à autrui (par exemple conduire en état d’ébriété), pas à soi-même ! Il n’y a d’ailleurs aucun équivalent à la prohibition de drogues, c’est une loi unique en son genre et je pense qu’on fait fausse route à vouloir prêcher des convaincus ! Mais salutations tous de même à tous ceux qui défendent la cause d’une manière ou d’un autre, si ça peut entraîner les gens à se mobiliser plus c’est déjà ça, car la France est vraiment en dessous de tout en terme de mobilisation !

  3. suard

    la verite c est que le gouvernement est dans ces charentaises sur ce sujet et si le traffic de stups s arrete dans les cites c est braquages et violences sociales et le lobbing pharmaceutique et bien d autres ……mais c est incroyable et immoral de savoir le tabac et l alcool en ventes libres et la marijuana non faut faire comme en espagne le peuple prends les initiatives necessaires ou 1 putain de referendum…on verra bien -mais j espere qu on y viendra -au debut avec les states je me suis dis ça y est si eux sont pour le gouvernement français va suivre forcement……..deceptions

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