1997 : Opération “Chanvre aux députés”

Toujours dans la série des archives du C.I.R.C (Collectif d’Information et de Recherche Cannabique), on se souvient qu’en 1997, ils envoyait à tous les députés une lettre contenant un joint, accompagné d’un petit bouquin : « Lettre ouverte au législateur » pour expliquer tout ce qu’il fallait à nos ignorants députés.

Les réactions des élus vont de l’ignoble à l’hilarant :

 » C’est comme un petit sachet de verveine-tilleul-menthe mais un peu biseauté pour permettre aux parlementaires de violer la loi « , a décrit Arnaud Montebourg (PS, Saône-et-Loire) l’un des premiers récipiendaires.

Le député de Saône-et-Loire a reconnu avoir  » reniflé  » le  » joint  » avant de le mettre à la poubelle. « Je suis comme le président (Bill) Clinton, je n’avale pas la fumée. Je ne l’ai même pas allumé. Je me demande bien si tout cela est légal « , s’est demandé l’avocat.

Se déclarant  » formellement opposé  » à la libéralisation de la drogue, M. Montebourg a lancé:  » La drogue c’est comme la droite: la droite douce mène à la droite dure, la drogue douce mène à la drogue dure « .

Une député socialiste du Nord se déclare aussi « choquée ». « Sur ce sujet, c’est la mère de famille qui parle, je suis très ‘réac’. Je suis contre la dépénalisation », ajoute-t-elle.

Sa collègue RPR Roselyne Bachelot, qui a déjà reçu la fameuse enveloppe, estime qu’un débat doit avoir lieu. Elle n’a pas du tout l’intention de fumer son « pétard ». « Je ne fume pas de cigarette, ce n’est pas pour fumer un ‘joint’ « , dit-elle.

  » J’ai donné le joint à mon assistant et il m’a dit qu’il n’y a rien dedans », a confié une autre destinataire, Nicole Bricq (PS).  » C’est du lobbying classique, il y a un petit livret et une cigarette. De toute façon je suis contre la dépénalisation « , a indiqué l’élue de Seine-et-Marne.

C’est une atteinte à ma vie privée. C’est scandaleux. On m’envoie un joint et je n’ai rien demandé », s’est indignée pour sa part Christine Boutin (UDF, Yvelines), tout en reconnaissant qu’elle n’avait encore  » rien reçu  » mercredi matin.  » Qu’est-ce que je vais en faire de ce joint? Je ne vais pas le mettre à la poubelle parce qu’il risque d’être récupéré par d’autres personnes. Je crois que je vais le brûler dans le caniveau », a-t-elle dit. Pour Mme Boutin l’initiative du CIRC  » est une provocation supplémentaire qui va dans le sens de la déstabilisation de la société française « .

La perspective de recevoir cet envoi semblait également préoccuper le député Vert de Gironde Noël Mamère.  » Si je le reçois je verrai je que j’en fais. Je n’ai jamais fumé de cannabis, alors je ne vais pas commencer aujourd’hui (… ) Je vais peut-être le mettre à la poubelle ou bien le donner à quelqu’un qui a envie de le fumer « , a déclaré l’élu écologiste.  » La campagne qu’ils mènent pour la dépénalisation ne me semble pas une mauvaise campagne (… ) C’est une initiative qui appartient aux méthodes du marketing « , a-t-il dit.

Pierre Mazeaud (RPR, Haute-Savoie) a également reçu mercredi une enveloppe du CIRC, selon ses collaborateurs, sans préciser la suite réservée par le vice-président de l’Assemblée nationale à cet envoi.

Serge Blisko (PS, Paris):  » Je l’ai reçu mais je ne l’ai pas essayé parce que, le matin, je suis plutôt café (… ) Nous sommes sous la loi de 1970 qui était une bonne loi à l’époque, mais qui mérite aujourd’hui d’être amendée dans la mesure où la consommation de cannabis est devenue un phénomène de société massif. Il ne faut pas se voiler la face « .

Jean-Claude Boulard (PS, Sarthe) :  » Je n’ai jamais fumé de joint. Je suis peut-être ringard. Par rapport à l’alcoolisme, qui me paraît un fléau national., traiter le cannabis un peu différemment pourrait plutôt améliorer la situation ».

Charles de Courson (UDF, Marne) :  » Beaucoup de personnes qui sont passées aux drogues dures ont commencé par des drogues douces. S’amuser à cela, en violation du code pénal, mérite une réaction. Nous allons déposer plainte après avoir vérifié que, dans ce joint, c’est bien du cannabis. « 

Christine Boutin (UDF, Yvlines) :  » Je souhaite qu’il y ait un débat à l’Assemblée. On ne fait pas de provocation ni d’humour sur un sujet aussi grave La drogue c’est tout, sauf la dérision « .

André Santini (UDF, Haute-de-Seine), président de l’association des fumeurs de cigares :  » Je n’ai aucune envie de me mettre au joint mais, par contre, le cigare mérite d’être diffusé. ». « Les politiques pratiquées jusqu’ici n’ont pas donné d’effets. Alors je pense qu’il faudrait un véritable débat », ajoute-t-il.

André Lajoinie (PCF, Allier):  » On est libre de ses opinions et de ses pratiques. Il faut un débat. C’est une question qui est posée à la société. « 

Philippe Auberger (RPR, Yonne) :  » Je ne l’ai pas essayé, je suis enrhumé. Et c’est très déconseillé par la Faculté de médecine quand on est enrhumé. Je pense à mon plus jeune fils qui a 16 ans, et s’il savait que son père s’amusait à fumer des joints, ce serait un exemple détestable. « 

Alain Bocquet, président du groupe communiste, s’étonne de n’avoir encore rien reçu. « Je suis victime d’un ostracisme », déclare-t-il ironiquement. « Je n’ai pas été joint », ajoute-t-il hilare avant de se déclarer favorable à un débat.

Pierre Lellouche (RPR, Paris) :  » Je suis profondément choqué. C’est un signe de la désintégration de l’Etat dans ce pays. C’est à peu près du même ordre que des jeunes qui impunément détruisent des autobus au mépris des lois. « 

« Cette opération médiatique montre qu’il n’y a plus d’Etat. Il y a quelque chose d’extrêmement grave là-dedans. Il y a quelque chose de malsain, on foule aux pieds la loi », estime le RPR Pierre Lellouche qui se déclare favorable à un débat.

« Mais il faut bien réfléchir avant de dépénaliser », a ajouté le député de Paris.

Le ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement a estimé jeudi que le  » joint  » de cannabis, envoyé la veille aux députés par le Collectif d’information et de recherche cannabique (CIRC) risque de n’être d’aucune utilité pour les élus.

 » Je crains malheureusement que beaucoup de parlementaires ne soient déjà sous la dépendance d’une drogue beaucoup plus puissante qu’on appelle la politique », a commenté, sans se départir de son sérieux, le ministre dans les couloirs du Palais Bourbon.

Philippe de Villiers ne sourit pas. « C’est une mauvaise action dans la mesure où, on le sait bien depuis longtemps, il n’y a pas de différence entre les drogues douces et les drogues dures », affirme-t-il.

« C’est une mauvaise action, c’est une action de pub. C’est totalement détestable comme procédé », ajoute le député de Vendée et président du Mouvement pour la France.

Et cette magnifique lettre, avec réponse :

 Messieurs,

 Vous m’avez fait parvenir une cigarette contenant du cannabis, ce que je désapprouve totalement. J’analyse votre envoi de deux façons

Ceci peut être interprété comme une provocation qui encouragerait l’emploi de drogues douces conduisant automatiquement à des drogues plus fortes jusqu’à la dépendance.

Si tel est le cas, je condamne encore plus votre démarche.

La loi Evin que j’ai votée avait pour objet de lutter contre l’emploi du tabac et je regrette même que les mesures ne soient pas assez sévères, en particulier par rapport à ceux qui ne prennent aucune précaution pour fumer sans se soucier si des personnes peuvent être gênées.

Donc, transmettre au Député une cigarette avec du cannabis, va tout à fait à l’encontre de ce qui a été voté et qui n’est malheureusement pas toujours appliqué.

Si cet envoi a pour but de mener une campagne thérapeutique pour soigner les personnes dépendantes de la drogue, je ne pense pas que vous ayez choisi la bonne méthode.

En tout état de cause, je vous renvoie cette cigarette et même si la loi Evin concernait également l’abus d’alcool, le corps médical reconnaît que boire un peu de vin est conseillé. C’est pourquoi, j’ai le plaisir de vous remettre deux bouteilles de vin, l’une des Côtes du Luberon et l’autre des Côtes du Ventoux. Les deux sont classées A.O.C. grâce au travail de longue haleine mené par les viticulteurs.

André Borel, député-maire du Pertuis, C.G. du Vaucluse.
Montpellier, le 14 janvier 1998.
 
LA RÉPONSE DU C.I.R.C :

Monsieur le Député,

Tout d’abord, merci pour les deux bouteilles de vin que vous nous avez offertes.

En vous envoyant un petit joint de cannabis poussé — qui sait ? — sous un soleil provençal, notre but n’était pas de vous inciter à consommer cette drogue que vous qualifiez vous-même de douce… une drogue qui, contrairement à ce que vous écrivez, ne conduit pas automatiquement son amateur à consommer des drogues posant de graves problèmes sanitaires comme l’héroïne ou l’alcool.

Notre but était de vous rappeler que plus de deux millions de citoyens apprécient les effets du cannabis, que plus de 50 000 personnes ont été interpelées en 1996 à cause du cannabis, que nombre de rapports, même ceux commandés par les gouvernements en place, demandent que soit dépénalisé l’usage des drogues.

Notre but n’était pas, en revanche, de  » mener une campagne thérapeutique pour soigner les personnes dépendantes de la drogue « . Nous avons, certes, reçu au sein de l’association des témoignages d’anciens alcooliques qui étaient sortis de leur dépendance grâce au cannabis, idem pour quelques injecteurs d’héroïne, mais là où le cannabis s’avère une  » médecine  » encore plus efficace, c’est pour atténuer les nausées et redonner de l’appétit aux personnes subissant des chimiothérapies ou pour améliorer la vision des personnes atteintes de glaucomes.

Comme la plupart des scientifiques, admettez, Monsieur le Député, que le cannabis est sanitairement et socialement beaucoup moins dangereux que l’alcool. Cependant, il ne nous viendrait pas à l’idée de demander l’interdiction de ce dernier, au prétexte que deux millions cinq cent mille personnes sont malades de leur consommation et que trois millions en abusent. Normal ! me rétorquerez-vous, le vin fait partie de notre paysage culturel alors que le cannabis est une drogue exotique. Quelle serait votre réaction, Monsieur le Député, si demain un pays d’Afrique ou d’Asie vous obligeait, en employant l’armée s’il le faut, à détruire nos vignes parce qu’il juge que l’alcool produit par la France est dangereux pour la santé de ses concitoyens ?

A juste titre, vous vantez la qualité de vos vins. A mon tour de vous signaler que quelques variétés de cannabis produites dans votre belle région obtiendront, elles aussi, un jour, leur appellation d’origine contrôlée grâce au travail de longue haleine mené par les partisans de la tolérance et de la liberté.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Député, l’expression de mes sentiments cannabiques.

Jean-Pierre Galland

Président de la fédération des C.I.R.C.